UBS-UITC-Collectif Pêche & développement Compte rendu de la Journée de partage des savoirs 25 octobre 2017

, par  LE SANN Alain

La mise en œuvre de cette rencontre a nécessité de nombreuses réunions avec les responsables de l’Université de Bretagne Sud - UBS (2 vice-présidents) pour essayer de formaliser les liens entre le Collectif Pêche et Développemenrt, l’UBS et l’Université Internationale Terre Cotoyenne - UITC.

Préparation de la journée

Le mercredi 25 octobre, le Collectif a organisé une journée de rencontres et de partage des savoirs entre les étudiants (16) du master 1 aménagement et des professionnels de la pêche et de l’ostréiculture. Elle a bénéficié de l’appui de l’Université Internationale terre citoyenne (UITC) qui a participé à a préparation et à l’animation avec Pierre Vuarin son secrétaire et animateur. Pierre Mollo qui a largement contribué à la préparation n’a pu y participer car la veille il s’est déchiré le tendon d’Achille en allant chercher le minibus que nous avions réservé pour transporter les étudiants.
La mise en œuvre de cette rencontre a nécessité de nombreuses réunions avec les responsables de l’UBS (2 vice-présidents) pour essayer de formaliser les liens entre le Collectif, l’UBS et l’UITC. Après avoir envisagé le cadre de la Fondation de l’UBS, il a été convenu de lancer une première expérience d’échange de savoirs avec des pêcheurs et ostréiculteurs pour tester la faisabilité avant d’envisager la suite.
L’opération a été soutenue par un financement du Conseil Régional

Déroulement de la journée

Etudiants, professeurs et animateurs se sont retrouvés à 8 h 30 à l’université pour la présentation de la journée, de la démarche pédagogique et la formation des trois groupes. Pierre Vuarin a insisté sur l’importance de dépasser la simple écoute des acteurs professionnels pour partager des émotions, se laisser surprendre et interpeler individuellement et profondément par la découverte de ces maîtres du savoir vivant.
3 groupes ont été constitués, un groupe au port de pêche avec Alain le Sann, pour une rencontre avec un ancien patron pêcheur, Patrick Carriou, actuellement président du Groupement des pêcheurs artisans lorientais (GPAL), de 10 h à midi, après un café à la maison du port et une rencontre avec des membres de l’association « Les Hommes et la mer »., anciens pêcheurs et marins de commerce.
Un groupe à Port-Louis a rencontré Jean Pierre Le Visage, animateur de l’Observatoire du Plancton, que les étudiants ont découvert. Ils ont ensuite échangé avec un ancien pêcheur de Gâvres, André Berthou., accompagnés par Denis Biget et Pierre Vuarin. Le troisième groupe, accompagné par leur enseignant, Ronan Le Délézir s’est rendu à Locoal Mendon à la rencontre de Jean-Noël Yvon, ostréiculteur traditionnel. Ils ont échangé dans un cadre intime, dans leur salon, avec lui et sa femme.
A la fin de chacune des rencontres, les groupes ont réalisé un court débriefing sur leurs sentiments et leur découverte de ces témoignages très humains et très riches.
Au retour, buffet froid servi à l’université, ce qui a permis de rencontrer des étudiants du master 2.
L’après-midi, de 14 h à 15 h, a été consacré aux échanges entre les étudiants répartis en groupes de 3, mêlant des membres des trois groupes. Un premier échange sur leurs émotions, leurs découvertes, suivi d’un second après brassage des groupes pour exprimer ce qu’ils retirent de cette expérience pour leur avenir, leurs projets, leur pratique, etc.
Enfin, dans la séquence finale de 1h 30, animateurs, enseignants et étudiants ont échangé librement en exprimant ce qui les a touchés au plus profond, les connaissances apportées, leurs réflexions pour l’avenir, leur engagement professionnel.

Conclusions et perspectives d’avenir.

Les étudiants ont été profondément marqués par l’engagement des personnes rencontrées, leur attachement à leur territoire qu’ils connaissent parfaitement et qu’ils aiment. Ils sont animés par une passion de leur métier. Ces rencontres ont bouleversé leur perception d’un monde que très peu connaissent. Ils ont souligné l’écart considérable entre le discours général sur la pêche et les pêcheurs et la réalité vécue par ces derniers ; ils ne sont pas écoutés, mais ils résistent, s’adaptent et finalement s’en tirent généralement bien malgré tous les obstacles, les crises et l’absence de soutien. Ils ont aussi découvert l’importance de la transmission par la pratique, en dehors des structures d’enseignement, indispensables mais insuffisantes. Ils ont des inquiétudes sur le renouvellement de leur profession face aux diverses contraintes, aux logiques d’investissement, à l’évolution générale de la société qui s’éloigne de plus en plus de leur rythme de travail et de vie.

Ces réflexions les ont amenés à s’interroger sur leurs pratiques futures en tant que techniciens de l’aménagement. Comment prendre en compte cette parole, ces savoirs méconnus ? La rencontre n’a été possible que parce qu’il y avait un rapport de confiance entre les organisateurs et les personnes rencontrées. Elles sont allées au-delà d’un discours formalisé et convenu, formaté, pour exprimer des sentiments profonds et personnels. Leur engagement est lié à un amour de la mer, du métier, du territoire, lui seul permet de surmonter les moments très difficiles, crise de la pêche dans les années 90, crise de l’ostréiculture. Il permet également de surmonter les difficultés liées à la dureté du métier, des rythmes de travail. Comment établir un tel rapport de confiance quand on intervient sur un territoire. Comment éviter une approche trop technocratique ? Cela demande du temps, de l’empathie pour que ces hommes d’action (et les femmes) et de savoir se dévoilent et communiquent vraiment.
Pour l’avenir, cette expérience peut déboucher sur d’autres initiatives du même type, elle pourrait se tenir à l’UBO, à Brest où enseigne Denis Biget, en anthropologie maritime. Il est envisagé d’inviter les personnes rencontrées à un séminaire organisé par les Master 2 en janvier 2018, sur le thème de l’expertise. L’UITC pourrait également permettre à des étudiants de trouver des terrains de stages, en France ou à l’étranger. La question est enfin posée de la manière de reconnaitre officiellement à l’Université les savoirs de ces hommes de terrain.

Alain le Sann

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