11e édition du Festival des Pêcheurs du Monde de Lorient : les pêcheurs au centre de débats sur la gouvernance du monde !

, par  CHEREL, Jacques

Vous êtes invités à la 11ème édition du festival de films "Pêcheurs du monde" à Lorient et environs, du 24 au 31 mars 2019.
• 43 films projetés
• 17 films en compétition : 10 longs métrages, 7 courts-métrages
• 16 pays représentés
• 6 villes- escales : Lanester, Larmor-Plage, Ploemeur, Riantec, Vannes et Pontivy
• 3 temps forts sur Lorient : La sélection officielle à la salle Ricoeur (Lycée Dupuy de Lôme) le concert dessiné à la nouvelle salle Hydrophone et la soirée Cinéville.
• Une quinzaine de rencontres : réalisateurs, spécialistes et gens de mer
• 2 jurys Professionnels et Jeunes
• 7 prix : 2 Prix du Long-Métrage (Jury professionnel et Jury Jeunes), 2 Prix
du Court Métrage (Jury professionnel et Jury Jeunes), Prix des Collégiens, Prix Chandrika Sharma et le Prix du Public

Des nouveautés pour le Festival Pêcheurs du monde ! D’abord les dates avec un jour de plus, puisqu’il débute le 24 mars et se termine le 31 mars, avec la remise des prix ! Il comprendra 2 nouvelles ville-étapes avec Pontivy et Vannes ! Il proposera pour la 1e fois des films ultra courts qui ont pris de l’épaisseur avec les nouveaux moyens de com !
Premier rendez-vous, le concert dessiné exceptionnel le dimanche 24 mars à l’Hydrophone à la Base de Lorient sur le thème "Pêcheurs du Monde" avec la violoncelliste Maëva Le Berre et les plasticiens dessinateurs Gaelle Flao et Monsieur QQ ! A ne pas rater les formidables expositions des photos de Michel Thersiquel à la Galerie Le Lieu à Lorient : photographies prises au cours de ses reportages sur les bateaux de pêche dans les années 80-90. Et à partir de fin février, à Passe Ouest à Ploemeur une expo rare sur les ouvrières des magasins de Kéroman, toujours de Thersi !
Et bien sûr 7 jours de films dans les villes escales et à Lorient ! toujours des films de tous les continents, des avants premières, des débats avec les réalisateurs et spécialistes de la mer.
S’ils partent fendre les flots, affronter les creux et l’attente interminable d’une bonne pêche, c’est qu’ils ont en eux toujours l’espoir d’une vie meilleure. Des forçats de la mer des Terre-Neuvas, racontés par Frédéric Brunnquell aux Sénégalais embarqués à Lorient, filmés par Sébastien Daycart-Heid dans La Vague à l’âme, c’est toute l’énergie de ces hommes pour vivre qui est célébrée ! Photo Collonges
Car il en faut du courage pour quitter la famille, avec la part d’imprévu et de danger même dans un grand navire comme le Joseph Roty II de Saint Malo (Hommes des Tempêtes : prix des collégiens 2019) ! Même si le marin est partagé entre sa soif de liberté, son appartenance à la mer et l’attachement à sa famille : il y a toujours une vie tiraillée entre les deux mondes, celui de la mer, celui de la terre, comme le fait si bien sentir Terra Franca de Léonor Teles.
Mais le cru 2019 met le doigt sur trois questions centrales de gouvernance ! C’est d’abord celle de la mobilité dans le monde, donc des migrants toujours prêts à la grand traverse qu’on soit à Cuba (Voices of the seas de Kim Hopkins) , en Corée pour fuir la dictature du nord (Old marine boy de Jan My Ji), ou encore à Dakar (Mareyeurs de Matteo Raffaelli). Partir c’est affronter les dangers avec la mort qui rode, le corps accroché à une barcasse dans l’attente du sauveur qui viendra ou pas, Giulia Bertoluzzi témoigne du courage exceptionnel de ces pêcheurs tunisiens qui ramènent vivants et morts arrivés dans leurs eaux, Strange Fish ! Va-t-on enfin sortir de la seule logique des murs, de la transformation des pays pauvres en « bantoustan », de la chasse aux migrants pour gérer la mobilité des hommes qui va s’intensifier !
La deuxième question est celle de la gouvernance de la qualité des eaux et du changement climatique ! Les océans sont empoisonnés par les multiples pollutions, responsables de la baisse de ressources beaucoup plus que la surpêche ! Face aux boues de phosphates à Gabès, il ne reste que le crabe, symbole du cancer, Tout va bien Lella ? filme la jeune réalisatrice Rabeb Mbarki ! Mais que fait cette femme dans une eau noire de pétrole avec son filet sinon de traquer un bout de nourriture pour sa famille, dans Ligne noire de M.Olexa et F.Scalisi ? En mer du Nord, on n’a pas fini de célébrer l’arrêt des 2 guerres mondiales, car les fonds sont piégés par les restes de bombes, menaces permanentes pour les pêcheurs alerte J.Loeuille ! Pointe d’espoir, voilà que les pêcheurs observent le retour des anguilles dans l’étang de Berre, rien n’est peut-être perdu mais quel gâchis (Berre, le défi écologique de L.Lustaud). Les deux pêcheurs de Swiss coast (Andréa Pellerani) montrent combien dans la nature tout est lié, les huîtres de la mer de Wadden sont constituées de roches des Alpes suisses, avec des images magnifiques ! Là encore va-t-on prendre les décisions qui s’imposent !
La 3e question est celle de la gouvernance des océans, alors que sonne l’heure du Brexit. Qui peut mieux sentir que les pêcheurs cette scandaleuse mise en frontières des océans ! Haro sur le bien commun qu’est la mer, disent les grandes multinationales qui financent certaines organisations environnementales pour leur préparer des zones réservées, sous prétexte de protection marine ! Mathilde Jounot présente son 2e volet en avant-première Océans 2, la voie des invisibles où elle décortique les mécanismes d’accaparement des mers et de ses ressources. Pour liquider les pêcheurs, quoi de mieux qu’une campagne sur le régime « végan » pour convaincre de ne plus manger de poisson sauvage ! Mieux vaudrait, selon les mêmes, le poisson d’aquaculture nourri avec la farine de poisson venue des côtes du Sénégal, où la pêche est détournée de l’approvisionnement des populations au profit des groupes industriels du Nord et de plus en plus de la Chine. Thomas Grand avec Diogué, une île de pêche menacée et Poisson d’or, poisson africain, suite, film aux multiples récompenses après celle du Festival Pêcheurs du monde, dénonce ce détournement des ressources africaines. Du local au Global (C.Hoyet) fait le bilan du Forum mondial des travailleurs et peuples de la mer qui s’est tenu à New Dehli en 2017, précisément contre cet accaparement et pour l’union des pêcheurs artisans du monde.
Et pourtant les pêcheurs continuent inlassablement leur travail comme La Fille du détroit (Y.Charles) qui s’affirme dans ce métier réputé d’hommes, ce qui plait beaucoup à ces colombiennes décomplexées de Fishing her (J.C.Aranguren Montanez). Un jeune se lance au Guilvinec (Route pêche de H.Drézen), car cette vie est riche d’aventures, de contacts, du lien avec la mer : c’est un métier hors du commun (Persévérance de G.Tellenne, et Route mer de P.Bouquet) . Pas facile pourtant de concilier la tradition, la pratique de la pêche traditionnelle et le tourbillon de la modernisation, comme pour ces pêcheurs indiens qui vivent une situation à la Macbeth dans ce formidable film Paddayi du grand cinéaste Abhaya Simha. Alors pourquoi ne pas rêver d’un petit monde presque ou trop parfait sur une île perdue au sud du Chili (Insulaire de S.Goel, dit par Mathieu Almaric). Avec Happy rain, pluie fertile au Bangladesh, Isabelle Antunes montre toute la force de l’espoir quand se conjuguent initiative et complémentarité entre paysans et pêcheurs.
Au total, une quarantaine de films et encore bien d’autres surprises et nouveautés, …comme le concours de Women in Seafood, le partage de la mer entre surfeur et pêcheurs au Brésil (Le mulet et la vague de CE Portella Nunes), le débat avec un restaurateur autour de Le poisson et moi d’E.Tempier et P.Houssin. Pour finir un spectacle avec Achille Grimaut juste avant la cérémonie de remise des prix !
Alors oui l’Humanité a besoin des petits pêcheurs qui sont au centre des enjeux du monde, qui donnent de l’espoir, qui vivent le lien entre nature et humanité ! Comme ces familles de pêcheurs de Kilmore Quay en Irlande qui luttent pour maintenir leur pratique face à l’océan dans I Watched the White Dogs of the Dawn de Els Dietvorst.
Rendez-vous à Lorient pour ce formidable voyage proposé par cette 11e édition.

Voir en ligne : www.pecheursdumonde.org

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