Tanganyika : des pêcheurs se mobilisent contre la mort du lac

, par  KAPALAY Jean-Pierre

Né dans le Maniema, de parents exploitants agricoles et pêcheurs, le vingt sixième jour du mois de Juin mille neuf cent septante. J’ai a eu un parcours scolaire et académique classique et bien rangé. J’ai bénéficié d’une ouverture d’esprit par mon goût effréné des voyages qui m’ont permis de découvrir très tôt les différentes provinces de la République Démocratique du Congo, puis, les pays des grands lacs africains avant de découvrir, adulte, l’Europe Occidentale et l’Asie, à la faveur de forums et conférences internationales sur la pêche, le climat et la biodiversité.

Marqué par la nostalgie du terroir, j’ai une passion toute particulière, héritée de mon enfance, pour la nature et l’exploitation rationnelle de la terre et de l’eau. Je me suis associé volontiers aux défenseurs de la biodiversité et je participe régulièrement à Terra Madre, un forum mondial créé par Slowfood pour la nourriture propre, bonne et juste à Turin (Italie). J’ai créé le convivium de Kalemie (ex Albertville) que je préside jusqu’à ce jour. Je suis aussi Président d’un regroupement des pêcheurs du Lac Tanganyika.

Aujourd’hui une cause retient toutes mes forces : la protection de la biodiversité du Lac Tanganyika. Rappelons-le, le lac Tanganyika, il y a peu, était le plus poissonneux d’Afrique. Ce patrimoine africain et commun à 4 pays africains à savoir : le Burundi, la Zambie, la Tanzanie et la République Démocratique du Congo a malheureusement été déclaré le lac le plus menacé au monde en 2017.

Exposé à une forte pression des pêcheurs, à une surexploitation incommensurable, à la pollution, à la non-réglementation, au déboisement accéléré des berges, au réchauffement climatique, ce patrimoine naturel n’est plus de fait que l’ombre de lui-même. Plusieurs espèces locales sont menacées de disparition. Depuis 2009, le convivium Slow Food en a fait son cheval de bataille, par l’organisation de plusieurs conférences qui ont rassemblé pour des journées de réflexion et d’engagement, des politiques, des experts de biologie aquatique, des professeurs d’universités de différentes disciplines, des professionnels de la filière pêche. Essayant de réveiller les consciences sur l’agonie lente et dramatique de cet écosystème aquatique géant, patrimoine du continent africain et sur la disparition irréversible des espèces endémiques de ce lac.

Par la persuasion, nous avons ainsi obtenu des professionnels de la filière pêche, lors de la troisième conférence Slow Fish sur la gestion rationnelle des ressources halieutique du lac Tanganyika organisée à Kalemie en février 2019, un engagement volontaire et ferme de renoncer à la pêche illicite et aux actes répréhensibles de pollution. 80% de la population de Kalemie (230 000 hab.) vit de la pêche. Les pêcheurs ont convenu de la nécessité de pêcher au large pour protéger les zones de frayères et les nurseries. 9 associations de pêcheurs de Kalemie se sont regroupées dans un collectif des pêcheurs du Tanganyika. La gravité de la pollution issue des mines et des zones urbaines a été reconnue. La question de l’assainissement est cruciale pour améliorer la qualité des eaux, puisque 80% de la population ne dispose pas d’installation sanitaire. Cette journée était la première organisée par Slow Fish en Afrique.

Une espèce emblématique, malheureusement en voie de disparition, doit bénéficier de cet engagement, le capitaine du Tanganyika, en langue locale, Kasangala.

Jean- Pierre KAPALAY

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