Aujourd’hui, le Lac TANGANYIKA

, par  Dr KAUT MUTOMBO, KAPALAY Jean-Pierre

La Province du Tanganyika constitue la première réserve d’eau douce de la république démocratique du Congo, à cause notamment du fleuve qui relie le Lac Moero au Fleuve et de la Lukuga qui relie le Lac Tanganyika au fleuve. Il y a également, pour la fierté de nos chefs de terres, de nombreuses grandes rivières qui arrosent leurs espaces. Nous pouvons citer pour le territoire de Kalemie : Lwama, Nyemba, Rugumba ; pour le territoire de Kabalo : Luvidjo, luvunguy, Lukuswa ; pour le territoire de Moba : Luvunzu, Mulobozi, Moba, Munamazi, Lufuko et kyoma. Il faut ajouter aussi un chapelet de lacs de retenue dans les vallées proches du fleuve Congo.

Toutefois le Lac Tanganyika qui baptise de son eau et de son nom toute la Province reste le plus important écosystème aquatique de notre terroir. Il représente, selon Andrew Cohen, près de 20% des réserves mondiales en eau douce. C’est le Lac le plus long du mode avec ses 645 kilomètres. Le deuxième au monde par sa profondeur après le Lac Baikal. Il représente avec ses 18.900 Km3, un potentiel substantiel pour une économie bleue à mesure de servir de pôle de croissance et d’une base pour la relance de toute l’économie de la Province.

Les potentialités du Lac Tanganyika peuvent se décliner en termes de : ressources halieutiques ; ressources géologiques ; potentiel touristique ; position géographique et navigabilité.

Les ressources halieutiques constituent le premier axe de l’exploitation du Lac Tanganyika. Alors que la RDC est passée par des crises sociopolitiques multiformes qui ont anéanti son économie et détérioré les conditions de vie de sa population, ramenée au stade de la chasse et de la cueillette, la pêche a constitué un réflexe de survie pour des milliers de ménages agglutinés sur les rives du grand lac. Trois décennies d’absence de l’autorité de l’état conjuguée avec la désarticulation de l’administration et le déficit d’encadrement de l’activité de pêche ont livré le lac à la merci de toutes sortes de délits et de problèmes. On a déploré la surpêche, l’envahissement des zones de frayère, la pêche illicite avec du matériel prohibé, la réduction des captures, la disparition des espèces endémiques et emblématiques parmi lesquelles le menu poisson Tanga et le poisson électrique Nyika, auxquels on attribue la dénomination même du Lac « Tanga-Nyika ».

Le Gouvernement Provincial du Tanganyika, s’évertue par des actions phares à imposer la pêche responsable et faire respecter la législation et les bonnes pratiques environnementales. Il importe de se mobiliser tant au niveau des organisations nationales que des organismes internationaux pour accompagner cette dynamique de la volonté politique et protéger cette grande entité de notre écosystème planétaire. Cette mobilisation est déjà engagée, cela est à mettre à l’actif des organisations non étatiques notamment le SLOW FOOD TANGANYIKA.

En termes de ressources géologiques, des études ont révélé la présence d’un graben pétrolier dans le sous-sol du Lac. Des discussions s’engagent d’ores et déjà pour décider de l’opportunité d’une telle exploitation qui ferait courir au Lac un risque de pollution dommageable pour sa biodiversité dont dépendent pour leur survie près de dix millions de personnes qui habitent sur ses rives.

L’autorité provinciale s’engage également à promouvoir le tourisme pour exploiter l’énorme potentiel qu’offre le Lac et ses côtes, dont la réserve de Kabobo, où s’est investie l’organisation WICS (Wild international conservation system). Il faut pour cela continuer avec la pacification et le ratissage des poches de hors la loi qui se sont détournées des minerais de sang et ont choisi l’exploitation illicite et le braconnage sur le Lac.

La Lac Tanganyika est une ressource régionale qui fait vivre quatre nations : le Burundi, la Tanzanie, La Zambie et le Congo Démocratique. En dépit des faiblesses constatées dans la direction des organisations de pêche congolaises, très peu d’incidents ont été signalés sur le Tanganyika en comparaison avec les nombreux démêlés judiciaires et incidents diplomatiques opposant la RDC et l’Ouganda sur le Lac Edouard. Le Tanganyika est donc un havre de paix favorable aux échanges et à la coopération régionale qu’il importe de soutenir. Ces dernières années, les vents violents de juillet ou le Saba Saba ont baissé d’intensité, offrant à la surface du Lac une navigabilité de douze mois sur douze pour le bonheur du trafic entre états de la région. Des investissements sont consentis pour désensabler les rives et permettre d’augmenter la célérité et le volume d’embarquements et de débarquements des marchandises.

Pour notre part, nous nous engageons avec d’autres experts à constituer un observatoire du Lac Tanganyika pour accompagner l’Autorité dans la gestion quotidienne si déterminante pour le futur de cet important écosystème aquatique, que nous savons être un précieux patrimoine de l’humanité.
Voilà pourquoi il lance ces cris de détresse

-  Ne me polluez pas avec vos déchets domestiques.
-  Arrêtez de m’exploiter de manière irrationnelle.
-  Je ne suis pas là pour laver vos voitures, vos habits etc…
-  Je suis décoloré à cause de vous.
-  Je suis malade dit le lac Tanganyika, occupez-vous de moi.

Jean Pierre KAPALAY KABEMBA et Dr KAUT MUTOMBO

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