En RDC, il est temps de relancer la pêche et réduire les importations

, par  KAPALAY KABEMBA Jean-Pierre

La République Démocratique du Congo/Kinshasa connait un tournant décisif de sa politique de Modernisation de la pêche dans ses eaux territoriales de l’océan atlantique, avec l’acquisition il y a peu de 3 bateaux de pêche modernes. Le pays s’engage résolument avec son ministère de la pêche dans la révolution de ce secteur vital et ce geste constitue une action décisive du gouvernement dans sa lutte contre l’insécurité alimentaire surtout dans sa partie ouest, mais il faut

Relancer la pêche maritime et continentale

Pour la petite histoire, la pêche a connu des moments florissants peu avant l’indépendance et quelques années après l’accession du pays à la souveraineté internationale à tel point que la République Démocratique du Congo a été classée parmi les premiers pays producteurs et exportateurs des poissons dans le continent. Mais tout s’est effondré petit à petit avec les 32 ans de règne du Maréchal MOBUTU et sa politique de triste mémoire de zaïrianisation qui a plongé tout le pays dans un gouffre et précipité le départ des expatriés juifs, grecs, européens qui avaient beaucoup investi dans ce secteur. Cependant, la rébellion de Goma, l’une des plus sanguinaires que le pays ait connu, a détruit toutes les infrastructures même celles de la pêche qui ont réussi à échapper à 32 ans de dictature sanguinaire du Maréchal MOBUTU avec tout ce que s’en est suivi.
Dès lors la tendance s’était renversée, au lieu que le pays soit classé parmi les meilleurs producteurs et exportateurs des poissons, il est devenu le meilleur importateur des poissons en Afrique (produits surgelés). La fuite des capitaux dus à l’importation des produits surgelés avoisinerait un milliard de dollars. C’est énorme et inacceptable alors que le pays dispose des nombreux cours d’eaux, rivières, fleuves, lacs etc… capable de produire des tonnes des poissons et couvrir toute la demande de sa population en produits halieutiques.

Un choix encourageant mais il faut protéger les ressources continentales

L’acquisition de 3 bateaux de pêche par le gouvernement central reste encore insignifiante par rapport à la dimension du pays, à sa démographie galopante mais aussi à la forte demande des produits halieutiques surtout dans les grands centres.
Néanmoins ce geste salvateur du gouvernement congolais est perçu comme un bon début, un signal fort pour la promotion de la pêche dans le pays. Surement ce geste aura un impact positif, si maigre soit-il, sur la vie socio-économique de la population vivant sur le littoral atlantique à Moanda dans le Congo Central, mais si, et seulement si, l’exploitation de ces bateaux est encadrée par une bonne politique de gestion. Là il y a lieu d’espérer une petite réduction de quelques pourcent de cette dépendance injustifiée de la République Démocratique du Congo vis-à-vis d’autres pays, en l’occurrence la Namibie, l’Afrique du Sud, et autres pour l’importation des poissons et autres produits de mers.

Autour du Lac Tanganniyka

La beauté du Lac Tanganyika

Tandis qu’à l’Ouest du pays le secteur de la pêche a franchi un pas, la partie orientale de la République notamment dans le Lac Tanganyika, la situation ne s’améliore guère pour l’ensemble des 4 pays qui se partagent les eaux du Lac Tanganyika, à savoir le Burundi, la Tanzanie, la Zambie et la R.D.Congo.

L’ambitieux projet PRODAP financé par la Banque Africaine du développement (BAD) à hauteur des millions de dollars américains, mis en œuvre il y a une vingtaine d’années par les 4 pays susmentionnés pour une bonne gestion commune et concertée de ce patrimoine naturel, n’a pas produit les résultats attendus surtout en République Démocratique du Congo :

  • Rien, alors rien n’a changé dans le quotidien des pêcheurs du Lac Tanganyika regroupés au sein de leur faitière COPETANG . Leur situation socio-économique reste précaire jusqu’à ces jours ;
  • Sur environ un million d’arbres qui étaient censés être plantés sur le littoral du Lac Tanganyika pour assurer sa couverture végétale, à la date d’aujourd’hui, il en reste seulement, d’après ce que les habitants de la ville ont vu, une vingtaine d’arbres sur quelques certaines d’arbres qui ont réussi à pousser.
    Quelques arbres encore visible du projet PRODAP
  • Les quelques infrastructures construites (latrines publiques le long du Lac afin d’éviter la défécation des pêcheurs à l’air libre ou réhabilitation de bureaux etc…) sont soit inachevées, soit déjà englouties par la montée des eaux du Lac Tanganyika etc...
  • Geste quand même encourageant, seule la Zambie a fermé pour la quatrième fois consécutive, de manière officielle, le Lac Tanganyika à la pêche. Ces actions bien que très louables ne produiront pas des effets positifs pour les pêcheurs de cette partie du continent ; pour la simple bonne raison qu’elles seront souvent dissoutes ou diluées par un relâchement dans d’autres pays pourtant impliqués dans la gestion et la protection du Lac Tanganyika.

Pour une concertation entre les pays riverains du lac Tanganyika

Pour le Slow Food Tanganyika et le WFFP/Branche de la République Démocratique du Congo, deux grandes organisations qui défendent la pêche en R.D.Congo dans son ensemble la seule façon de faire est de mettre en œuvre des actions concertées entre les quatre pays :

  • C’est-à-dire élaborer un calendrier commun pour les 4 Etats, de fermeture du Lac Tanganyika et le faire appliquer par le pouvoir d’Etat, bien entendu avec l’accord des pêcheurs, les premiers concernés et bénéficiaires de ces mesures.
  • Infliger des châtiments exemplaires aux pêcheurs qui saboteraient cette mesure salvatrice pour eux-mêmes et pour l’ensemble des consommateurs, car nous dit un proverbe français, pour avoir les omelettes, il faut casser les œufs

Enfin, le WFFP et le Slow Food Tanganyika et leur partenaire COPETANG apprécient la bonne volonté et surtout la détermination du gouvernement de la République pour ses efforts en vue de faire de la pêche un secteur porteur, un bouclier dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et facteur de création d’emplois au pays. Cependant, elles en appellent aux autorités du pays pour fournir les mêmes efforts pour l’encadrement des pêcheurs artisans. Car la pêche artisanale est celle qui a nourri pendant des siècles nos arrières-arrières grands-parents, nos arrières grands-parents, nos grands-parents, nos parents et nous-mêmes, et elle continuera à nourrir toutes les générations futures par des poissons, sains et propres.

Un plan de mise en œuvre doit déjà être négocié au niveau provincial, national et sous régional au bénéfice des pêcheurs de cette partie du monde afin de minimiser les dégâts qui seront engendrés par la montée des eaux du Lac.

Les grands Pools de pêche comme Kinshasa-Pool Malebo, Moanda, Matadi, Kisangani, Kalemie, Uvira, Bukavu, Goma, Vitshumbi doivent attirer l’attention particulière des autorités. Mais de même au Burundi, en Tanzanie et en Zambie.

Jean Pierre KAPALAY, Septembre 2025

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