« Esthétique » ne signifie pas « écologique » : l’exemple des flamants roses

Les Flamants roses, magnifiques, nous sont régulièrement présentés comme des indicateurs d’une biodiversité remarquable, mais la réalité est tout autre comme nous le montre Pierre Mollo dans son ouvrage « L’enjeu plancton », publié en 2009 C’est sur sa proposition que nous reprenons cet extrait qui est aussi une invitation à se replonger dans cet ouvrage et à repenser notre rapport au littoral. L’ouvrage est accessible à cette adresse. http://www.eclm.fr/ouvrage-360.html

Les étangs palavasiens (de Vic, de Pierre Blanche, du Prévost, de l’Arnel, du Méjean, de l’Or, de Palavas, etc.) sont des milieux riches, mais fragiles et sensibles dans leurs échanges avec la Méditerranée. C’est le garde-manger de la mer, mais aussi le réceptacle des activités des bassins versants entre Sète et Montpellier. On a fait croire au public que les aménagements de Palavas à La Grande-Motte (le bétonnage du littoral en somme) n’auraient pas d’incidences sur le milieu lagunaire ! La preuve, dit-on, depuis qu’on a aménagé ce littoral, les flamants roses sont venus en grand nombre, ce qu’ils ne faisaient pas auparavant. Les promoteurs du comblement et de la modification des réseaux hydrauliques des marais constatent en effet que plus ils comblent, plus ils aménagent, plus il y a de flamants roses. Comment accepter l’inacceptable, c’est-à-dire que le plancton servirait l’intérêt des promoteurs ? Le plancton serait-il un auxiliaire du bétonnage ?

Un ancien marin pêcheur remarque qu’effectivement les flamants roses prolifèrent depuis qu’ils ont bétonné. En réfléchissant au problème, il s’est aperçu que les niveaux d’eau ont diminué depuis qu’ils ont fermé les vannes, « assaini » le milieu, comme ils disent. Avant, lorsqu’il y avait entre un mètre et 1,50 mètre d’eau, il mettait des capétchades [1] , des filets, et pêchait une diversité incroyable de poissons et de crustacés. Du jour où ils ont comblé et fermé les étangs, la diversité a changé. Aujourd’hui, comme il y a à peine 50 centimètres d’eau, les poissons, les crabes et les crevettes n’ont plus assez d’eau pour vivre. Les eaux ont verdi (sans doute s’agit-il d’un bloom de phytoplancton), puis ont pris une couleur orangée (sans doute un bloom de zooplancton).

Avec 50 centimètres d’eau, les flamants roses peuvent donc filtrer tranquillement ce qui reste comme biomasse survivante puisqu’il n’y a pas d’autres prédateurs. Avant, ils se mouillaient les plumes, maintenant ils ont de l’eau jusqu’aux genoux, si l’on peut dire. Ce nouveau milieu leur convient parfaitement, car ils trouvent sans difficulté le zooplancton qui leur donne d’ailleurs cette jolie couleur rose. Ce phénomène pose malgré tout un problème dans la mesure où la biomasse (le phytoplancton et le zooplancton) est toujours là, mais la biodiversité a disparu. Comme les chaînes trophiques qui s’emboîtent n’existent plus, les poissons et les coquillages disparaissent à leur tour. On ne voit plus que l’aspect esthétique du site, sans se douter de la catastrophe écologique qui a lieu en dessous, dans le milieu biologique.

Voir en ligne : http://www.eclm.fr/ouvrage-360.html

[1Capétchade : sorte de verveux, filet fixe équipé de pièges à poissons.

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