18e Festival de film Pêcheurs du monde : un cinéma engagé auprès des gens de la pêche et pour la protection de l’océan 17-29 mars Bretagne Sud et Lorient

, par  CHEREL, Jacques

47 films
29 séances
23 nationalités représentées
11 premiers films
2 spectacles
4 expositions
7 temps d’animations

13 villes étapes : un Festival ancré sur le territoire Cette année, le Festival Pêcheurs du Monde se déploiera dans 13 villes de Bretagne Sud : Lorient, Audierne, Concarneau, Douarnenez, Etel, Lanester, Larmor-Plage, Le Guilvinec, Penmarc’h, Pont-Aven, Ploemeur, Quiberon, Riantec. Un déploiement constant, qui témoigne de la préoccupation de ces territoires pour l’avenir des pêcheurs et des océans.
Projections, expositions et animations culturelles sont développées avec les communes partenaires, avec une volonté de partage de la culture maritime

Un Festival de cinéma hors des sentier battus.

La mer des Pêcheurs souffre d’un déficit de représentation et d’imaginaire : elle est victime de clichés réducteurs, de vues marginales. Or précisément le Festival contribue à mener une réflexion plus approfondie. Il propose un voyage qui rapporte les images, le ressenti et les paroles des hommes et femmes de la pêche à travers les océans. Ils abordent leur quotidien, leurs craintes et leurs espoirs, et les enjeux majeurs de notre temps. Tous disent combien le rapport des humains à la mer apparait essentiel tant du point de vue alimentaire, environnemental que géopolitique. S’il existe des points communs dans ce rapport entre les hommes et l’océan, c’est par la diversité que se traduisent les situations concrètes de vie.

Poissons sauvages, crustacés, coquillages de nos assiettes ou plats racontent l’histoire de millions de femmes et d’hommes qui récoltent et pêchent, tout en veillant sur les mers. Sentinelles des océans, ils doivent s’adapter aux effets du changement climatique, à la mondialisation marchande des fruits de mer, à une réglementation complexe imposée. Sans cesse ils réagissent, innovent, s’adaptent à leur cadre pour mener leur tâche fondamentale.

Cette 18e sélection place le spectateur en ciné-immersion dans le quotidien maritime des peuples de la mer de tous les littoraux très souvent marginalisés ! Elle affirme le lien profond entre l’humain et la mer, son vivant, son écosystème dont il dépend. Car si l’homme est bien un prédateur du milieu maritime, il a aussi la responsabilité et possibilité de rétablir son équilibre. Enfin elle témoigne par l’entremise du cinéma des démarches effectuées par les gens de la mer pour s’adapter à une situation complexe protéiforme. Elle transmet aux jeunes des jalons pour construire le futur.

Un métier de passionnés qui s’interrogent sur leur avenir

Dans 32 ans à bord Naomi Goldziuk décrit le quotidien de ces hommes qui se donnent corps et âme pour leur profession sur un chalutier ! Ce film créatif mêlant dessin et cinéma remplit d’émotion. De son côté Frédéric Violeau suit trois pêcheurs de l’île d’Yeu et rend compte de leurs réflexions sur leur avenir dans "Avec vents et marées". Ce métier difficile côtoie le danger, "Deux hommes à la mer" d’Erwan Le Guillermic et David Morvan fait le récit d’un naufrage qui rappelle que les pêcheurs paient toujours un tribut élevé de vies encore aujourd’hui pour nourrir leurs semblables. Et dans ce métier rien n’est acquis d’avance il faut faire face à l’aléa. Dans "L’oro del mare" le réalisateur italien Egidio Musitano convoque la part du surnaturel, de l’inconnu : la Vierge Marie sait-elle où se cache encore le poisson sous l’eau ? Les pêcheurs l’invoquent et reprennent la mer. Le vieux marin allume la lampe qui fait jaillir un banc de sardines argentées sur la mer sombre. Plus prosaïque, le film les "Pêcheurs de crevette en mer du Nord" raconte comment ceux-ci luttent pour leur survie : entre la chute des prix pendant la pandémie et la flambée du coût du gazole, nombre d’entre eux craignent de ne plus pouvoir continuer à vivre de leur métier. Jonas Geisler et Eberhard Ruhl remettent en cause la mondialisation des produits de la mer.

L’océan malade de la pollution et des effets du réchauffement climatique

La cause de la raréfaction du poisson est souvent attribuée à la surpêche, donc aux pêcheurs eux même. Bien entendu il y a eu dans le passé la course aux prises maximum et aujourd’hui existent toujours des zones de pillage colonial opéré par des flottes gigantesques, les chinoises en particulier. Toutefois la nouveauté réside aussi dans une pratique de régulation par des quotas et un calendrier notamment dans l’Atlantique nord qui assure la pérennité de la ressource et du vivant marin. Alors d’où viennent les problèmes liés à la ressource ? L’élévation de la température et du niveau de la mer, la pollution sont des facteurs beaucoup plus directement impactant.

Certains littoraux et archipels sont directement menacés de submersion et disparition. La jeune réalisatrice américaine Natalie Zimmermann alerte sur l’urgence des mesures à prendre pour sauver s’il en est encore temps les îles Kiribati, "Oceania : journey to the center".

En premier lieu la pollution de la mer est un poison pour le vivant marin. "Ici commence la mer" d’Alice Ajorque démonte les effets engendrés par un simple mégot de cigarette, avec un humour acide ! Au Brésil, un accident d’une mine de sel a ruiné l’activité des moules dans une lagune, "Sururu blanc". Au Japon les pêcheurs restent paralysés et silencieux devant le désastre nucléaire provoquées par "Les eaux toxiques de Fukushima", film réalisé par Sophie Bontemps.

Changement climatique : la collaboration pêcheurs-scientifiques

Mais les effets du changement climatique sont délétères. Ils perturbent le milieu océanique en modifiant la qualité des eaux et la nourriture des espèces halieutiques. Des films alertent et éclairent sur les efforts menés entre scientifiques et pêcheurs, pour trouver des solutions, à la perte de la valeur nutritive du plancton, au déplacement des espèces. "Acide Océan", de Sébastien Thiébot retrace le parcours du chercheur Fabrice Pernet. En 2005 après une canicule il consacre sa carrière à étudier l’acidification des océans, qui menace les écosystèmes marins et les espèces calcifiantes comme les huîtres et les moules. Il mise sur des solutions locales et innovantes pour en atténuer les effets. En intégrant des algues entre les parcs à huîtres, une co-culture pourrait-elle tempérer les effets climatiques et entrevoir un modèle pour l’ostréiculture bretonne ? S’adapter est un combat vital pour la survie des écosystèmes marins comme pour lui.

Le court métrage "Sabre" de Romain Le Bleis, présente une recherche originale sur le rôle du plancton dans le développement de la sardine à la pointe de la Bretagne : elles sont de plus en plus petites. Porté par le Comité des pêches du Finistère et financé par l’Union Européenne (FEAMPA) le projet est mené en partenariat avec l’Office Français de Biodiversité, le Lyçée Professionnel Maritime du Guilvinec et l’Université Bretagne Ouest. Les premiers résultats montrent que la médiocrité de la qualité du plancton, nourriture de la sardine, est le facteur principal, causé lui-même par les effets du réchauffement. Les sardines maigrissent faute d’une nourriture suffisante. D’autres observations ont montré qu’il en est de même pour le saumon sauvage des côtes bretonnes.

Comme toujours, les pêcheurs du monde s’adaptent…

En Méditerranée ou en Polynésie la culture maritime ancestrale a intégré la notion de préservation de la ressource. Quand les poissons se raréfiaient, la tradition polynésienne était de suspendre la pêche temporairement : c’était le rahui. Aujourd’hui certains proposent de remettre à l’ordre du jour cette pratique ancienne de la culture maritime de Polynésie, selon le film "Rahui le lagon en partage" de Melissa Constantinovitch. En Méditerranée on redécouvre le bien fondé des prud’homies pour gérer l’espace de pêche "Patrons pêcheurs en prud’homie de Palavas les Flots , modernité d’une tradition" de Pierre Guy. Le film "Medifish : revitaliser la mer, renforcer la pêche artisanale à Raoued", de Naoufel Haddad témoigne des initiatives pour préserver et dynamiser la biodiversité sur cette côte tunisienne.

Les pêcheurs irlandais luttent pour leur survie !

"Tarrac na ferraige" est une série irlandaise qui entend représenter la vie en mer avec justesse et humanité. Elle s’efforce d’obtenir un soutien politique en développant l’éducation à la mer et en montrant la dimension culturelle de cette activité. La réalisatrice Maggie Breathnach donne avant tout la parole à ceux qui vivent cette histoire fondamentale de l’Irlande. Le milieu professionnel de la pêche s’en félicite et rappelle combien le secteur a été pénalisé par le Brexit (perte de 25% des quotas). La réalisatrice veut développer un programme de diffusion dans les écoles. Voilà la même approche que celle de notre Festival ! Il appartient aux pouvoirs publics de donner les moyens nécessaires pour mener cette mission de reconnaissance de la profession du secteur de la pêche comme essentielle en soutenant tout ce travail culturel cinématographique. Il y a urgence à accélérer l’aide pour l’achat de bateaux et la simplification de certaines règlementations.

Mieux gérer et partager les territoires de pêche

Aujourd’hui les pêcheurs de tous les pays sont confrontés à l’accaparement de l’espace maritime pour de multiples usages. La mer loisir et touristique, les transports, l’exploitation d’hydrocarbures ou de minerais, la multiplication des champs éoliens, l’aquaculture industrielle …réduisent chaque jour l’espace des pêcheurs. Susanne Brahme propose une réflexion et un débat avec son film "Les éoliennes en mer : quelle cohabitation avec la nature ?". Tandis que "Dying Lochs" de Francisco De Augustini et "A salmon nation" d’Arthur Neumeier dénoncent le drame environnemental et social provoqué par les élevages industriels de poissons, du saumon, en Ecosse ou en Islande, qui condamnent les espèces sauvages et la biodiversité. Ainsi les Français gros consommateurs de saumon d’élevage ruinent la balance commerciale des produits de la mer, participent à la destruction de l’environnement marin et à la ruine de la pêche vivrière africaine qui fournit la farine à ces élevages : ne serait-il pas urgent d’en organiser le boycott ?

Nombreux puissants bateaux et flottes opèrent dans des eaux où la gestion est inexistante et/ou de manière illégale comme en Océan Indien ou Sud Atlantique. La priorité ne doit-elle pas être donnée à la gestion et au partage plus juste des espèces sauvages sur tous les océans ? Faut-il une meilleure reconnaissance des pêcheurs artisans dans les instances de représentation de la profession comme le suggère le film "Charles Braine, pêcheur militant" de Virginie Goubier ?

Plusieurs regards alertent sur la diffusion des méthodes productivistes dites modernes qui ruinent des communautés de pêcheurs, comme au Ghana ou au Sénégal. Le prix à payer est l’émigration des jeunes via la Libye ou les Canaries. Ainsi les pays riches accaparent non seulement l’alimentation des pays du sud mais aussi de leur force humaine vive, comme en témoignent des réalisateurs : Julien Cadieux dans "Les Mains du monde" et l’association Environnement Justice Foundation avec "Adrift : Senegal’s coastal crisis and the deadly route to Europe."

Un riche patrimoine maritime

Depuis 2022 le Festival produit et présente des films réalisés par Alain Pichon dans la série Images des pêcheurs à travers des films documentaires en collaboration avec la Cinémathèque de Bretagne. Ces films circulent dans toute la Bretagne présentés par le réalisateur avec même des ciné-concerts. Un de ces films "Femmes à bord : de l’observation à la science" sera projeté le dimanche 22 mars à Pont Aven en lien avec le musée de Concarneau. Il fait partager le travail de la biologiste Marie Henriette Dubuit et de la géographe Yvanne Bouvet sur des bateaux de pêche. En avant-première sera projeté le 29 mars à 10h30 salle Ricoeur à Lorient, "Colosses des mers : l’épopée lorientaise". Ce dernier film de la série retrace l’histoire des gros chalutiers industriels lorientais dans les années 70-90.

Penser l’avenir, revisiter la vision de la pêche

"Skravic , un rêve de pêche"
de Félix Urvois remet à l’ordre du jour la pêche à la voile, une façon de d’ouvrir sur des horizons plus respectueux de l’écosystème. "Estelle le Corre : la relève", de Pauline le Péculier témoigne de la passation d’un savoir-faire entre 2 générations. "The Feast" de l’indien Rishi Chandna invite à jeter un nouveau regard sur les poissons communs et proches lors d’un festin préparé pour le notable local ! Ce sera aussi l’occasion pour les jeunes des lycées maritimes de Bretagne d’en parler lors des deux Journées Pêcheurs d’avenir de cette 18e édition.

Manger du poisson sauvage, local, bien géré est un choix qui engage notre souveraineté alimentaire, nos relations avec les autres peuples, notre lien avec notre environnement maritime, notre choix d’un futur possible pour les jeunes, axe essentiel du Festival avec le Forum des lycées maritimes, un jury, des projections dédiées. Faire connaître les peuples de la mer et les défendre, acheter leur poisson localement n’est-ce pas contribuer à la sauvegarde des océans ? Il y a urgence, nous disent ces films et bien d’autres encore qui seront diffusés lors de cette 18e édition.

Précipitez-vous dans toutes nos salles de Sud Bretagne avec vos amis ! Venez voir ces films, écouter nos invités ! Découvrez les expositions et spectacles. Ciné-immergez-vous avec des peuples de la mer attachés à l’océan, à sa beauté et à son vivant ! Il en est encore temps. Bon festival !

Jacques Chérel, Président du Festival de films Pêcheurs du monde
www.pecheursdumonde.org

Voir en ligne : https://pecheursdumonde.org/

Navigation