Mais reconnaître les efforts ne signifie pas accepter des reculs.
Le 27 février, une première version de la Déclaration politique négociée entre États a été transmise aux mouvements sociaux. Très rapidement, une vive inquiétude s’est exprimée, en particulier parmi les Peuples autochtones : la confusion introduite autour du terme « communautés locales » menaçait de diluer les droits spécifiques reconnus par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP [1]).
Il ne s’agissait pas d’un simple débat terminologique. La question touchait au statut juridique, à la reconnaissance politique et à des droits conquis après des décennies de luttes internationales.
Pour les organisations de pêche artisanale réunies au sein du World Forum of Fish Harvesters and Fishworkers (WFF) et de l’IPC (International Planning Committee for Food Sovereignty), l’enjeu était également majeur. Une part importante des pêcheurs artisanaux sont eux-mêmes membres de Peuples autochtones. Fragiliser leurs droits, c’est fragiliser les communautés de pêche.
Par ailleurs, la déclaration ne reconnaissait pas explicitement les peuples de la mer, les communautés de pêche artisanale et les pastoralistes nomades comme titulaires de droits collectifs spécifiques. Une réforme agraire du XXIᵉ siècle qui ignore les mers, les rivières, les zones côtières, les routes pastorales et les territoires mobiles demeure incomplète.
Le 28 février au matin, une nouvelle version du texte n’a pas levé ces ambiguïtés. Au contraire, certaines formulations ont renforcé les inquiétudes.
Une réunion de crise des mouvements sociaux membres de l’International Planning Committee for Food Sovereignty (IPC) s’est tenue dans la soirée du 27 février. Une délégation a rencontré les représentants gouvernementaux. Ces derniers ont expliqué les contraintes des négociations interétatiques et les concessions imposées par les équilibres diplomatiques. Les efforts déployés ont été reconnus.
Cependant, les mouvements sociaux ont indiqué clairement qu’ils ne pouvaient accepter un texte introduisant des ambiguïtés ou des régressions concernant des droits déjà reconnus au niveau international.
Il a été convenu qu’une déclaration des mouvements sociaux pourrait être lue lors de la cérémonie de clôture, immédiatement après l’adoption officielle du texte intergouvernemental.
Le 28 février, cette déclaration a affirmé l’unité des Peuples autochtones et des mouvements sociaux. Elle a rappelé que les droits consacrés par l’UNDRIP et l’UNDROP [2] ne sont pas négociables. Elle a dénoncé la dilution des droits autochtones et exigé la reconnaissance explicite des peuples de la mer, des communautés de pêche artisanale et des pastoralistes mobiles.
La déclaration conclut que les mouvements sociaux ne peuvent accepter la déclaration officielle d’ICARRD+20, tout en réaffirmant leur disponibilité pour poursuivre un dialogue de bonne foi avec les gouvernements.
Cette séquence rappelle une réalité essentielle : la réforme agraire ne concerne pas uniquement la terre. Elle concerne les territoires dans leur globalité — terres, forêts, océans, rivières, zones côtières et pâturages. Elle implique la reconnaissance des formes de territorialité fondées sur la mobilité, l’usage collectif et la gouvernance communautaire.
Les droits ne sont jamais définitivement acquis. Ils doivent être défendus à chaque étape des négociations internationales.
Lire la déclaration complète des mouvements sociaux ici : [https://www.foodsovereignty.org/wp-content/uploads/2026/02/ICARRD20_Final-Political-Declaration_EN.pdf]
Plus d’information : [https://www.foodsovereignty.org/en-ipc-press-release-icarrd20/]
Collectif Pêche et Développement
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