Le manifeste du Plancton
En introduction à la soirée du 10 juin consacrée au Plancton, nous avons repris des citations de l’ouvrage de Vincent Doumeizel pour rappeler combien des experts actuels confirment les analyses et les alertes plus anciennes de Pierre Mollo. Vincent Doumeizel ne pouvait être présent à cette date.
Vincent Doumeizel, spécialiste des algues et conseiller pour les océans aux Nations Unies, dans son livre « Le manifeste du plancton [1] », présente Pierre Mollo comme « l’un des plus grands défenseurs du plancton et magnifique conteur ». Pierrot fut aussi l’un des premiers lanceurs d’alerte, il y a 50 ans, quand il a vu apparaître de plus en plus nombreux des dinoflagellés prenant la place des diatomées. En s’appuyant sur les observations des pêcheurs et des conchyliculteurs ou paludiers, il a profondément bouleversé notre regard sur l’océan en donnant la priorité à l’étude de cette base de la vie qui « représente 95 % de la biomasse dans l’océan ». « Alors que nous nous inquiétons du sort des tortues, des dauphins, des grands poissons et des baleines, il est urgent de nous pencher sur ce qui les nourrit, à savoir le plancton » rappelle Vincent Doumeizel. « Il est à la source de la vie, mais il constitue aussi un acteur plein de ressources pour la durabilité de notre planète ». Comme Pierrot, il rappelle qu’il faut « s’assurer que les bassins versants ne soient pas contaminés par des virus issus des déchets ménagers et industriels. Comme toujours, c’est sur Terre que commence la prévention en mer ». [2]
« Tous les déséquilibres induits par nos activités favorisent le développement de micro-algues invasives et bien souvent toxiques ». « Le réchauffement climatique et les pollutions liées aux activités humaines jouent un rôle déterminant dans leur développement ».
« Pourtant nos invisibles diatomées ont du mal à susciter l’attention des êtres humains, plus prompts à vouloir sauver les baleines et les dauphins, mais la survie des espèces charismatiques dépend du plancton qui les nourrit. Plus que la surpêche, c’est la famine qui les menace ».
« Ainsi l’explosion des pêches accidentelles de dauphins est indirectement liée à la diminution de la taille du plancton ». « Le meilleur moyen de sauver les baleines n’est pas ( seulement) de s’attaquer aux bateaux qui les chassent, mais de protéger le pâturage invisible et microscopique dont elles se nourrissent ».
Pourtant, « on ne sera pas vraiment surpris d’apprendre que ces négociations internationales sur la biodiversité mondiale et notamment marine, n’intègrent tout simplement pas du tout la question du plancton sur lequel repose toute la biodiversité ».
Pour conclure d’une manière positive, « le plancton nous invite à imaginer un monde où la collaboration prime sur la compétition, où la nature et la science s’unissent pour dessiner une société plus sensible, plus belle et plus harmonieuse ».
Je crois que Pierrot a bien anticipé toutes ces réflexions et il heureux qu’un expert des Nations Unies reprenne son message et poursuive son combat pour la vie.
Alain le Sann
Présentation de l’écloserie du Tinduff par Florian Breton
Voir son pdf de présentation
Remise du prix Maestro à Florian Breton par Tifenn Vigouroux (Maestra2025)
Tifenn Vigouroux, accompagnée de Ronan le Corre, (pêcheur de tellines et maestro 2022) et de Claire Laspougeas ( maestra 2023 ancienne du parc marin d’iroise et actuellement à l’Ifremer) a remis le prix maestro des savoirs vivants à Florian Breton, directeur de l’écloserie du Tinduff.
MAESTRO
Remettre ce prix cette année, c’est d’abord remercier Pierrot.
La surprise que j’ai eue le 23 mai dernier à l’annonce de mon nom, n’a d’égale que la responsabilité qui s’en est suivie.
On peut recevoir un prix pour l’ensemble de sa carrière, mais ma carrière est très jeune dans l’infiniment petit, et, après réflexion, je pense que Pierrot était suffisamment malicieux pour imaginer que cette reconnaissance allait plutôt « augmenter ma part de Plancton ». Il avait
raison !
On peut imaginer recevoir un prix parce qu’on a accompli quelque chose mais en réalité, il met la lumière sur tout ce qui est encore à faire ! Tous les jours je pose un œil sur l’œuvre de William Geoffroy, et j’en vois à la fois la beauté et l’encouragement.
Ce prix est donc à la fois un honneur mais également une charge que l’on se doit d’accomplir, à son rythme, à sa façon, en oubliant jamais, qu’à l’origine, c’est un formidable pèlerin du Plancton qui l’a créé.
Si un doute m’assaille, il m’arrive de me dire « qu’est-ce que Pierrot aurait voulu ? »
Le Plancton, ce bien commun de l’humanité, a perdu sa principale voix, mais en chacun de nous chuchote un mot, un sourire, un regard de Pierrot, qui continuera ainsi d’exister. Ne boudons pas notre plaisir de continuer de parler de lui !
Tifenn Vigouroux. Ostréicultrice
Collectif Pêche et Développement
Pêcher pour vivre
