L’inquiétante dégradation du plancton dans les mers celtiques Quand "le Monde" et Bloom poursuivent leur déni environnemental par méconnaissance totale du rôle du plancton.

, par  LE SANN Alain

Signaux d’alerte et déni environnemental

Un armement hauturier de Loctudy a décidé d’arrêter ses quatre chalutiers pêchant en mer Celtique pendant plusieurs mois, ces bateaux n’arrivaient plus à remplir leurs cales. Si l’on y ajoute le coût du carburant, on comprend ce choix. Cet été, des amis pêcheurs s’inquiètent également de la faiblesse inhabituelle des prises sur la côte, tandis que les ostréiculteurs constatent une baisse de la croissance de leurs huîtres, signe évident de l’appauvrissement de leur nourriture. Habituellement, les grandes ONG s’empressent d’accuser la surpêche, le chalutage et d’accabler les pêcheurs, c’est ce qui rapporte médiatiquement et financièrement. Bloom et le journal « Le Monde » [1] viennent encore d’illustrer le déni environnemental de la dégradation du plancton en évoquant l’amnésie environnementale, en se basant sur l’évolution de la perception de l’état des stocks. Celle-ci est une réalité mais si l’on se contente comme Bloom et la journaliste de porter la responsabilité sur les seuls pêcheurs, on passe à côté d’une partie fondamentale du diagnostic car l’essentiel de la biodiversité marine est lié à 95 % aux micro-organismes comme le plancton. Aujourd’hui, il est clair que l’élément le plus déterminant de l’état des ressources est bien la dégradation du plancton, bien plus que la surpêche. Avec Pierrot Mollo nous n’avons cessé d’alerter sur cette réalité [2]. Le patron, c’est bien le plancton, et il va mal.

Une étude scientifique d’envergure sur l’état du plancton dans l’Atlantique N. E

Une récente étude scientifique vient de confirmer cette analyse [3] . Elle concerne l’ensemble de l’Atlantique N E du Portugal à la Norvège. Elle attire particulièrement l’attention sur l’ampleur des dégradations dans les mers celtiques, de la Bretagne à l’Ecosse. Elle note « une accélération des changements écologiques » en se basant sur trois indicateurs : la composition des communautés planctoniques, l’évolution de la biomasse planctonique (phyto et zoo) et l’évolution de la diversité du plancton. Les chercheurs constatent que les communautés planctoniques « subissent actuellement de profonds changements en réponse à des pressions anthropiques croissantes telles que le réchauffement climatique, l’acidification des océans et l’enrichissement continu en nutriments. Ces pressions sont associées à des changements dans la composition du plancton, de sa répartition, sa productivité, sa diversité ».

Les mers celtiques, les plus dégradées

Pour les trois indicateurs, les eaux des mers celtiques sont classées « en état non satisfaisant ». On peut noter en particulier des « tendances à la hausse significatives à long terme de l’abondance des dinoflagellés » et une « baisse de l’abondance des diatomées », « un fort déclin de l’abondance des copépodes », en lien avec une hausse des températures de surface. La hausse de l’acidité- diminution du pH- explique également pour partie la baisse de la biomasse bioplanctonique.
Ce n’est guère mieux dans le Golfe de Gascogne.
Sur le plateau continental, on constate également une baisse significative des diatomées et des copépodes en lien avec la hausse des températures de surface. Plus globalement, l’étude constate que « c’est dans les mers celtiques, le Golfe de Gascogne et sur la côte ibérique que l’état des habitats pélagiques s’est avéré le plus défavorable ». « La réduction du débit fluvial aggrave la limitation en nutriments ». Il est certain que la sécheresse et les canicules de cette année 2026 ont encore aggravé la situation.

Quelles solutions ?

Pour les scientifiques « la mesure la plus importante pour préserver le bon fonctionnement des habitats pélagiques consiste à atténuer le changement climatique en cours en soutenant la réduction mondiale des émissions de carbone » parce que « les variables climatiques ont été les principaux facteurs à l’origine de l’évolution des indicateurs planctoniques ». Vaste défi… et les résultats ne se feront pas sentir avant des décennies. Or l’on sait que les années qui viennent, avec El Nino, s’annoncent encore plus chaudes. [4]
Il est clair pourtant que les pêcheurs et les conchyliculteurs vivront des périodes de plus en plus difficiles et qu’ils seront les principales victimes des « déclins généralisés observés de la biomasse phytoplanctonique et zooplanctonique, par exemple, (qui) sont susceptibles de réduire la capacité de charge des poissons dans la région NEA et d’entraîner des pertes socio-économiques directes ».
Ce déclin va s’accentuer inévitablement sur une longue période. Il faudra donc adopter des approches de précaution pour éviter d’accélérer la dégradation, triste perspective. Mais comment aider les pêcheurs à survivre, mais surtout à s’adapter et à se projeter dans l’avenir dans un tel contexte ? L’avenir des pêcheurs apparaît sombre et, sans soutiens, ils ne pourront continuer à nous approvisionner… Pour l’instant, on n’en prend guère le chemin : Bruxelles vient de reporter l’augmentation des aides « a minimis » à 2029. D’ici là, bien des pêcheurs auront disparu.
L’étude se termine par un appel à renforcer le suivi du plancton… une évidence que Pierrot Mollo avait proclamée il y a 50 ans.

Alain le Sann. Août 2026

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