Nous, représentantes et représentants des communautés de pêcheurs et des Peuples autochtones, exprimons notre profonde indignation face aux propos tenus aujourd’hui lors du discours d’ouverture du Sommet de la pêche artisanale.
Affirmer que l’aquaculture pourrait « faire mieux que la nature », remettre en question la qualité nutritionnelle du poisson sauvage et présenter la pêche comme une activité qui ne serait ni durable, ni respectueuse de l’environnement, ni capable de générer des revenus suffisants constitue un grave affront aux millions de femmes et d’hommes de la pêche artisanale, aux Peuples autochtones et aux communautés traditionnelles de pêcheurs qui, depuis des générations, nourrissent leurs communautés et prennent soin des écosystèmes aquatiques.
Ces déclarations sont d’autant plus choquantes qu’elles ont été prononcées lors d’un sommet consacré à la pêche artisanale, en présence de celles et ceux dont les droits, les savoirs, les pratiques et les moyens d’existence devraient être reconnus, respectés et défendus.
Les pêcheuses et pêcheurs à petite échelle ne peuvent accepter que leur travail soit ainsi dévalorisé, ni que la nature soit présentée comme un système défaillant que les modèles industriels, l’intelligence artificielle et l’accélération de la production pourraient surpasser. La nature n’est pas une concurrente. Elle constitue le fondement vivant de nos systèmes alimentaires, de nos cultures, de nos territoires et de nos moyens d’existence.
Nous reconnaissons l’importance des formes traditionnelles, artisanales, autochtones et de subsistance de l’aquaculture lorsqu’elles respectent les écosystèmes, les cultures locales et les droits des communautés. Toutefois, ces pratiques ne doivent jamais être assimilées à l’aquaculture industrielle intensive.
L’aquaculture industrielle repose notamment sur la manipulation artificielle des cycles naturels, la recherche d’une croissance accélérée et l’utilisation de ressources alimentaires issues de la pêche. Elle détourne les petits poissons pélagiques — essentiels à la nutrition et à la sécurité alimentaire des populations locales — vers la production de farine et d’huile de poisson. Elle peut également entraîner l’utilisation d’intrants chimiques et de traitements antibiotiques, la pollution des eaux, la dégradation des habitats et du plancton, la propagation de maladies et la fragilisation des moyens d’existence des communautés de pêcheurs.
Présenter l’augmentation des volumes de production et l’accélération de la croissance comme des progrès en soi revient à ignorer les limites écologiques, la qualité des aliments, le bien-être animal ainsi que les conséquences sociales, culturelles et environnementales des modèles industriels.
Nous rappelons que la pêche artisanale joue un rôle essentiel dans la souveraineté alimentaire, l’emploi, les économies locales, la transmission des savoirs et la protection des écosystèmes aquatiques. La pêche à petite échelle n’est pas le vestige d’un système appelé à être remplacé. Ses acteurs et actrices sont indispensables à l’avenir de nos systèmes alimentaires.
Par conséquent, nous demandons à la FAO :
• de présenter des excuses publiques aux pêcheuses et pêcheurs à petite échelle, aux Peuples autochtones et aux communautés de pêcheurs qui se sont sentis blessés et offensés par ces déclarations ;
• de clarifier officiellement les propos tenus lors du discours d’ouverture et de réaffirmer sans ambiguïté la contribution fondamentale de la pêche artisanale à la sécurité alimentaire et à la souveraineté alimentaire ;
• de distinguer explicitement, dans l’ensemble de ses politiques et de ses communications, l’aquaculture industrielle intensive des formes traditionnelles, artisanales, autochtones et de subsistance de l’aquaculture ;
• de veiller à ce que les futures politiques relatives aux aliments aquatiques ne donnent pas la priorité à l’industrialisation et à l’augmentation des volumes de production au détriment de la nature, de la pêche artisanale et des communautés qui en dépendent ;
• d’accorder la priorité à la pêche artisanale de capture ainsi qu’aux droits, aux savoirs, aux territoires et aux moyens d’existence des Peuples pêcheurs, des Peuples autochtones et des communautés de pêcheurs.
Nous espérons que la FAO reconnaîtra la colère et la profonde douleur provoquées par ces paroles. Une institution dont le mandat est de lutter contre la faim et de soutenir la pêche artisanale ne peut promouvoir une vision qui oppose la technologie à la nature, dévalorise le poisson sauvage et efface la contribution irremplaçable des femmes et des hommes de la pêche artisanale.
Nous exigeons une réponse claire et publique à la hauteur de la gravité de cet affront, réaffirmant l’engagement en faveur de la mise en œuvre des Directives sur la pêche artisanale et de leurs principes fondés sur la protection des droits humains.
Collectif Pêche et Développement
Pêcher pour vivre